Cadmium : que dit le récent rapport de l’Anses?

Au même titre que les PFAS (substances per et poly fluoroalkylées), le cadmium est devenu l’un des polluants dont on entend beaucoup parler dans les médias. De nombreux articles et émissions se penchent en effet sur les circonstances d’exposition à cet Elément Trace Métallique (les ETM, plus communément appelé « métaux lourds »), ainsi que sur ses effets sanitaires; c’est donc désormais un sujet d’actualités et une préoccupation pour de plus en plus de personnes.

Dans ce contexte, l’Anses s’est autosaisie le 02 août 2023 pour la réalisation d’un avis relatif à cette substance. En février de cette année, l’agence a donc publié une évaluation globale de l’exposition humaine au cadmium et priorisé des leviers d’action, pour réduire l’imprégnation de la population française au cadmium.

Que dit ce rapport de l’Agence? Y’a-t-il des comportements à favoriser pour limiter l’exposition?

1- Le contexte

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols. Les activités agricoles et industrielles contribuent à augmenter sa présence dans l’environnement. Nous y sommes exposés principalement par l’alimentation. Les fumeurs sont aussi exposés au cadmium présent dans le tabac.

Le cadmium est identifié comme un contaminant préoccupant pour la santé publique car il est reconnu cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Il entraîne aussi chez l’Homme des atteintes rénales et une fragilité osseuse à la suite d’une exposition prolongée, notamment par voie orale.

Pour l’exposition par voie alimentaire, les Études de l’alimentation totale (EAT) conduites par l’Anses ont évalué une surexposition d’une partie de la population générale française au cadmium. Reflet de l’ensemble des expositions toutes voies confondues (alimentaire, inhalation, ingestion de poussières, …), Esteban2, la dernière étude nationale de biosurveillance, publiée en 2021 par Santé publique France (SpF), indique que les niveaux d’imprégnations en cadmium mesurés chez les adultes français apparaissent plus élevés que ceux mesurés lors de la précédente étude de biosurveillance française.

2- Que sait-on de plus sur les sources et voies d’exposition humaine au cadmium?

Des origines naturelles et anthropiques du cadmium dans l’environnement ont été identifiées. Les sources naturelles sont plurielles (altération de nombreuses roches, activité volcanique). Parmi les sources anthropiques du cadmium: les principales sources liées aux activités agricoles incluent les matières fertilisantes et supports de culture telles que les engrais minéraux (essentiellement engrais phosphatés), et les matières fertilisantes d’origine résiduaire; quant aux sources d’origine industrielle, elles sont également très nombreuses (industrie chimique et électrique, traitement et raffinage des métaux non ferreux…). Les activités industrielles émettant du cadmium ont évolué avec les réglementations, les technologies et les pratiques industrielles.

Ces dernières décennies, en Europe et en France, les experts relèvent un renforcement des obligations réglementaires liées à l’usage industriel de cadmium, à son rejet dans l’environnement, et au traitement ou au recyclage des déchets contenant du cadmium.

Les émissions liées à l’industrie et au transport sont multiples, peuvent se superposer dans certaines zones, et contribuent aux pollutions diffuses en cadmium dans l’environnement. L’ensemble de ces sources peuvent donc être à l’origine de la contamination de l’air, des sols, de l’eau, des denrées agricoles, et des aliments.

Ainsi, l’alimentation constitue une source importante d’exposition au cadmium de la population générale à considérer, notamment par l’intermédiaire de certains aliments identifiés comme contributeurs majeurs tels que les pains et produits de panification, pommes de terre et produits apparentés, et légumes. Le tabagisme est une source supplémentaire, bien documentée, d’exposition au cadmium.

Il a été aussi identifié que le cadmium pouvait être présent dans les produits cosmétiques.

Ce schéma reprend l’ensemble des sources et voies d’exposition humaine retenues dans le rapport:

3- Que préconise le rapport pour limiter l’exposition de la population française?

L’analyse approfondie des différentes sources d’exposition (complétée par une analyse socio-économique) a permis à l’Anses d’identifier les leviers d’action prioritaires en prenant en compte leur impact et les enjeux de mise en œuvre.  Il en ressort qu’il faut agir avant tout à la source de la contamination des aliments, liée en grande partie à la présence de cadmium dans les sols agricoles; due elle-même à l’utilisation de matières fertilisantes, en particulier des engrais minéraux phosphatés.

  • L’Agence appelle donc à appliquer dès que possible des valeurs limites en cadmium pour les matières fertilisantes permettant de maîtriser la pollution des sols agricoles, la contamination des denrées et, à terme, de diminuer l’exposition alimentaire de la population. Pour cela, l’Agence rappelle les valeurs qu’elle a recommandées en 2019.
  • En détails : l’Agence recommande le recours à des sources d’approvisionnement en roche phosphatée contenant moins de cadmium; ou lorsque cela n’est pas possible, la mise en œuvre de procédés de décadmiation, tout en s’assurant de la qualité des engrais obtenus. Par ailleurs, l’Anses soutient particulièrement la promotion de nouvelles pratiques agricoles.

Le rapport précise que la mise en œuvre de ces mesures suppose un engagement de l’ensemble des acteurs pour faire évoluer la réglementation, accompagner les acteurs des filières agricoles et renforcer le suivi de l’évolution dans le temps des teneurs en cadmium dans les matières fertilisantes en France, grâce notamment à une base de données nationale de suivi. 

L’Agence souligne aussi l’importance d’agir également sur l’offre alimentaire (incluant les produits importés). Elle recommande ainsi de revoir à moyen terme les teneurs maximums en cadmium pour les aliments les plus forts contributeurs à l’exposition afin de réduire l’exposition globale de la population indépendamment de leur provenance.

4-Quelles sont les recommandations à l’échelle individuelle?

Le rapport précise bien que la réduction de l’exposition au cadmium passe avant tout par des actions collectives sur les sources de contamination, notamment les sols agricoles.

Toutefois, pour participer à réduire le niveau des expositions (tout en ayant des bénéfices nutritionnels) l’Agence recommande de :

  • Limiter la consommation de produits à base de blé sucrés et salés, tels que les céréales du petit-déjeuner, gâteaux, biscuits,
  • Introduire plus de légumineuses dans les repas à la place des aliments à base de blé comme les pâtes.

Vous souhaitez plus en savoir plus sur le cadmium? L’Anses propose des articles détaillés mais toutefois facilement accessibles et lisibles : « Qu’est-ce que le cadmium et quels sont les risques pour la santé? » , « Cadmium : agir dès à présent à la source de la contamination des sols. ». Le Rapport complet de l’Agence paru en février 2026 est également disponible en ligne.

Retrouvez également notre Faq sur le cadmium .

Cadmium : que dit le récent rapport de l’Anses?

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